S’éduquer au féminisme : la littérature

La journée internationale des droits des femmes n’est pas une fête célébrant le patriarcat ou l’occasion d’offrir des aspirateurs mais bien un jour pour se questionner sur l’organisation de notre société. Voilà quelques oeuvres littéraires qui pourront vous y aider...


Ce petit article n’a pas vocation à faire des critiques littéraires argumentées mais à vous proposer des résumés ou du moins quelques indications sur des ouvrages qui vous faisaient peut-être déjà de l’œil…

N’hésitez pas à nous conseiller les vôtres, ils pourraient faire l’objet d’une deuxième compilation!

Les classiques


Simone de Beauvoir, Le Deuxième Sexe, Tome I: Les faits et les mythes


Référence incontournable, Le Deuxième Sexe est un essai dense et complexe. Ce premier tome tente de trouver dans notre constitution biologique, l’histoire et la mythologie ce qui fait que les femmes* constituent le deuxième sexe, l’Autre par excellence, celui qui se définit négativement.

Pourtant publiée pour la première fois en 1949, l’œuvre et les thématiques qu’elle aborde ont conservé leur pertinence. Elle soulève de nombreuses questions, notamment concernant l’héritage de la société occidentale patriarcale : la grammaire qui donne la priorité au masculin, le fait que les humain.e.s soient dans l’histoire nommé.e.s Hommes, la transmission du patronyme en son sens premier…


Simone de Beauvoir utilise de nombreuses sources scientifiques qui appuient ses propos. Ces derniers constituent une base solide pour que chacun.e puisse construire sa propre réflexion.


Virginia Woolf, Une chambre à soi

Véritable pionnière du féminisme, Virginia Woolf est l’une des premières écrivaines à se pencher sur l’absence des femmes en littérature. Dans cet essai, elle explique le cheminement de sa pensée et de ses recherches qui l’ont conduite à conclure que pour écrire, une femme* doit disposer d’argent, et d’une chambre à soi. Même s’il date de 1929, cet essai est toujours d’actualité pour d’autres domaines que la littérature : les femmes sont sous-représentées dans de nombreux milieux, comme la réalisation cinématographique ou la gastronomie (seulement 33 cheffes étoilées au guide Michelin en 2020 sur 628 tables étoilées), et les inégalités salariales persistent. Un classique à découvrir d’urgence !



Ceux dont on a entendu parler récemment


Virginie Despentes, King Kong Théorie

Douze ans après la publication du controversé Baise-moi, Virginie Despentes écrit King Kong Théorie, son premier essai, qui la sacre référence du féminisme moderne. Elle y décortique la domination masculine, les stéréotypes de genre et aborde les thèmes du viol, de la prostitution et de la pornograhie. Si son essai est si poignant et passionnant, c’est que Virginie Despentes mêle son expérience personnelle et son argumentaire dans un style très direct, tout en s’appuyant sur des références littéraires et académiques féministes. Bref, un essai qui appelle à un changement en profondeur de la société, car “Le féminisme est une aventure collective, pour les femmes, pour les hommes, et pour les autres. Une révolution, bien en marche” (King Kong Théorie).

Mona Chollet, Sorcières: la puissance invaincue des femmes

La journaliste du Monde Diplomatique utilise dans son livre la figure de la sorcière, et trois principaux traits pour souligner des écueils rencontrés par les femmes* de la société occidentale.


La sorcière est célibataire, nullipare et vieille (par conséquent laide).


Mona Chollet questionne donc la nécessité de se marier et de finir avec le même homme* pour réussir sa vie, pour ne pas « finir vieille fille ». Ce cliché est d’ailleurs lié au fait de ne pas avoir d’enfant. Une femme* ne s’accomplirait réellement que dans la maternité, et honte à celles qui la regrettent ! Mona Chollet évoque également un sujet qu’elle avait déjà abordé dans d’autres ouvrages : la beauté. En vieillissant, les cheveux grisonnent, la peau perd son élasticité, se plisse et les bouleversements hormonaux peuvent entraîner une prise de poids. Or, ces marques du temps, les femmes* devraient à tout prix masquer.


Contrairement à Simone de Beauvoir, Mona Chollet en fait une affaire ouvertement personnelle et ajoute quelques anecdotes et exemples de sa propre vie.


En revanche, les notes de bas de pages abondent et référencent tantôt les propos reprenant les injonctions que Mona Chollet dénonce, tantôt des recherches ou écrits de personnes qui ont désiré lutter contre elles.


En somme, Sorcières: la puissance invaincue des femmes remet en question nos choix quotidien et nos choix de vie en tant que femmes.

Les illustres illustrés


Emma, Un autre regard 2

Emma s’est faite connaître sur instagram comme @emma_clit ou sur son blog emmaclit.com, plateformes sur lesquelles elles postent des dessins exprimant ses humeurs et frustrations.


Dans ce deuxième tome de Un nouveau regard, elle propose une fable et trois réflexions illustrées.


Dans “Montrez-moi ces seins que je ne saurais pas ne pas voir” l’autrice imagine un pays dans lequel, grâce à des luttes pour la liberté, les habitants de tous les genres vivent torses nus. Le personnage principal tente de soutenir sa fille* qui souhaite porter un soutien-gorge et qui fait alors face au refus de ses professeur.e.s et aux normes inflexibles de sa société.


Les réflexions qui suivent s’attaquent sous différents angles à ce que l’on appelle la charge mentale. C’est le fait que les femmes en couple hétérosexuel se retrouvent souvent à devoir organiser toute la vie à la maison, quand bien même elles ne réalisent pas nécessairement les tâches elles-mêmes. (Si vous en doutez et que vous réclamez des statistiques, eh bien ce livre en est parfaitement doté).


Emma évoque également le plafond de verre et les inégalités de salaire qui résultent d’une telle répartition des rôles. La deuxième journée des femmes* leur demande de quitter le travail plus tôt que les hommes*, ce qui ralentit leur progression professionnelle.


Emma ajoute une réflexion sur la société capitaliste mais ça, ce n’est pas de notre ressort !

On sort tout de même de cette lecture (qui ne prend pas plus d’une heure), bouleversé.e et l’esprit davantage ouvert, prêt à interroger ceux qui nous est généralement présenté comme acquis.

Pénélope Bagieu, Les Culottées, Tomes I et II

Dans Les Culottées, la dessinatrice Pénélope Bagieu dresse le portrait et raconte les histoires avec un petit h des oubliéEs de l’Histoire avec un grand H.

On découvre dans ces albums colorés des reines, guerrières, actrices… dont on ne loue pas obligatoirement tous les choix et toutes les actions. Cela n’entre pas pour autant en contradiction avec l’ambition de Pénélope Bagieu; en effet tous les hommes* de l’histoire ne sont pas des modèles à suivre.


Ces livres, grâce à la diversité des personnalités présentées, sont l’occasion de découvrir autant de figures idéales que nouvelles, plus réalistes auxquelles il peut être plus simple de s’identifier .


En revanche, ne s’agissant pas d’essais féministes, ils ne portent pas explicitement des valeurs ou idées politiques. Ces albums sont des recueils de récits multiples ; c’est leur transmission et leur ancrage dans le savoir et l’imaginaire collectif qui est féministe, puisqu’ils enrichissent et diversifient l’image que l’on se fait communément de la Femme*. Les Culottées est de ce fait une parfaite première lecture quand on veut s’intéresser au féminisme mais que l’on craint de se trouver face à des pamphlets inflexibles et sans nuance (ce qui ne fait absolument pas partie de notre sélection, évidemment).

(Par ailleurs, si la littérature, même illustrée, n’est pas le medium qui vous sied le mieux, Les Culottées sont en ce moment même adaptés en dessins animés.)


Ainsi s’achève la liste (non exhaustive) d’oeuvres littéraires que l’équipe d’Aware vous conseille. N’hésitez pas à donner votre avis sur les livres choisis et à nous en faire la critique !


*”Hommes” et “Femmes” sont des catégories ici utilisées car elles sont présentées ainsi dans les ouvrages évoqués.

Il faut évidemment y voir “Les personnes s’identifiant comme hommes/femmes” ou “subissant les normes qui s’appliquent à ces genres” .

Toute autre rectification est la bienvenue pour éviter de heurter qui que ce soit !


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